
(Parce que c’est presque l’été et que l’écriture est une faculté qui s’oublie, je propose une rétrospective de la série Rocky durant les prochains jours (voire semaines). ¿Por qué Rocky? Parce qu’on connaît tous la série, particulièrement si on écoutait beaucoup la télévision la nuit durant les années 90. Aussi parce que j’avais envie de la revoir en prenant des notes, de creuser un peu plus, de comprendre ce qui justifiait 6 films étendus sur une trentaine d’années. Mais surtout parce que ça fait plaisir à visionner pour une énième fois. Sortez vos coffrets VHS ou DVD et replongez dans la meilleure plussse longue série de films jamais produite.)
Par un effet de contamination pervers, le point de départ de la série phare de Sylvestre est souvent mis dans le même panier à fromage que ses suites. Clubber Lang, Ivan Drago, les interminables montages sur les pièces de Survivor et l’américanisme triomphant; toutes des bouffissures appréciables mais qui néanmoins font oublier les débuts modestes du sympathique boxeur. Tourné avec un budget d’un million de dollars, sous la pression de Stallone qui voulait absolument jouer le rôle titre de son scénario écrit après avoir vu un match entre Muhammed Ali et Chuck Wepner (Wepner, boxeur relativement inconnu, tint son bout pendant les 15 rounds, jetant même Ali une fois au sol), Rocky est probablement LE film de l’American Dream, où même le plus paumé des bas-fonds de Philadelphie peut espérer gagner le titre de champion du monde des poids lourds. C’est appuyé, personne ne s’en cache et comme son personnage, Stallone n’a jamais été reconnu pour faire dans la dentelle. Mais à mesure que la série se développe, elle perd graduellement de cette touchante humilité (en faisant fi du V et du VI, bien évidemment, quant t’es au sommet il ne te reste plus qu’à redescendre) qui a largement contribué au succès du premier film.

«Ne pas faire de boulettes»
Rocky Balboa, veston et chapeau de cuir, gagne sa vie en collectant les prêts d’un usurier et en livrant des combats de boxe on the side. Question intimidation, sa bonhommie l’empêche de casser les pouces comme le demande son patron, son physique à lui seul s’occupe alors de convaincre les acculés. Sans être un mauvais boxeur, son manque de discipline et de technique l’empêchent de gravir les échelons. Il flirte avec Adriane (Talia Shire) l’employée timide d’une animalerie de son quartier et s’embrouille avec Mickey, propriétaire du gym où il s’entraînait jusqu’à ce qu’on lui retire son casier. La joie, si ce n’était du fait que Rocky reste généralement positif face à l’adversité, le sourire étampé parce qu’il n’a pas d’autre choix. De l’autre côté de la ligne chemin de fer, Apollo Creed (qu’on surnomme entre autres “The Count of Monte Fisto”), champion du monde des poids lourds, vient de perdre son adversaire pour un combat soulignant le bicentenaire de la Déclaration de l’indépendance. Afin de rattraper la symbolique de l’événement, Creed offrira la chance à un boxeur de la région de l’affronter devant tout le pays. Il choisit Balboa, intrigué par son surnom “The Italian Stallion” (décidément, Stallone s’acquitte de sa tâche de trouver des surnoms à connotations pornographiques).
Ce qui surprend en visionnant le film, c’est la longueur des scènes entre les personnages. Le scénario de Stallone prend le temps de les établir et de faire comprendre aux spectateurs comment ils se sentent. Rocky, ultimement, c’est la peur d’affronter Creed et de ne pas avoir la force de tenir les 15 rounds (going the distance). Mais c’est autour du noyau que les personnages deviennent plus troubles, complexes. Prenez par exemple Paulie (Burt Young), le frère d’Adriane, alcoolique, ami de Balboa, mais jaloux et opportuniste lorsque ce dernier devient une vedette locale. On pourrait aussi qualifier Mickey d’opportuniste, lui qui revient dans le décor après avoir refusé d’entraîner Balboa durant des années en sachant qu’il avait la trempe d’un grand boxeur. Des scènes d’anthologie, il y en a à la pelle. Celle où Rocky ramasse la jeune fille qui traîne avec de petits malfrats et qui sert de parfaite introduction au personnage, la fameuse soirée de Thanksgiving où Paulie jette la dinde par la fenêtre, l’échange entre Rocky et Mickey dans son appartement.
John G. Avildsen a définitivement la touche lorsqu’il filme ces scènes, en posant la caméra à la place d’un témoin potentiel tout en laissant faire. Ça se gâte lorsqu’il est question des combats eux-mêmes, probablement parmi les plus moches jamais filmés. Loin de l’expressionnisme de Raging Bull, Avildsen se contente de filmer des coups arrêtés dans des angles qui coupe l’illusion de front. Ce qui fait de la finale entre Balboa et Creed l’un des moments les moins intéressants du film. Le combat de boxe, comme n’importe quel événement sportif, est extrêmement complexe à rendre à l’écran, nécessitant une tonne de prises et le plus de caméras possibles. Avildsen, qui aura la chance de se reprendre avec Rocky V et la série des Karate Kid, reste donc ici un technicien servant Stallone, la superstar in the making.