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Du nouveau

Étant donné qu’IN s’éloigne de plus en plus de sa vocation première. Étant donné que Francis n’a plus vraiment le temps d’écrire ici et que j’ai encore trouvé personne pour le remplacer. Étant donné que je m’ennuie de l’époque d’À propos du diégétique, ma première page personnelle. Étant donné que je veux écrire à mon rythme, avec plus de liberté. Pour toutes ces raisons, je reviens à mes premiers amours en publiant une nouvelle page personnelle, exclusivement sur le cinéma.  Est-ce la fin d’IN? On verra.

Pour l’instant, je vous invite tous sur Cinéphagie (vous serez pas trop déstabilisé).

42below

Dream Piece d'Abel Ferrara

La compagnie de vodka néo-zélandaise 42Below a eu le très charmante idée d’inviter 42 cinéastes à produire un court de 42 secondes sur le thématique du rêve. Parmi les invités, Abel Ferrara, Gaspar Noé, David Lynch, Leos Carax, Harmony Korine, Larry Clark, Kenneth Anger, Carlos Reygadas et Yung Chang (Up the Yangtze ). Les films apparaîtront graduellement sur la page.

42×42

polytechnique

Un film c’est parfois comme une grosse poutine avec des saucisses en tranche, de la mayonnaise et du vinaigre sur le dessus; il faut s’arrêter un peu pour digérer le morceau quand il passe mal. Polytechnique reste de travers, des semaines après le visionnement, au point où je me suis permis cette analogie glissante, question de me débarrasser de la tumeur, en lui jasant un brin, pour voir. Rien de ragoûtant pour un film propre propre dans son traitement, comestible en surface, respectueux de tous et chacun afin de regarder de loin et de près la tragédie du 6 décembre 1989, qui se solda par la mort de quatorze femmes, parce qu’un tireur fou les considérait comme la source de tous ses maux. Dans les profondeurs par contre, la tempête, celle qui souffle sur l’École Polytechnique, les paroles et les mots qui font défaut. Ne restent que ceux de Marc Lépine, de sa lettre de suicide gorgée de haine et d’érudition rationnelle à la mords-moi-le nœud.

Le mutisme, c’est aussi celui de Denis Villeneuve, qui n’avait pas réalisé de longs métrages depuis Maelström en 2000. Plus mature, plus posé, Villeneuve prend une heure et quart pour habiller les vingt minutes du massacre, en coupant tout ce qui dépasse. Une journée comme les autres qui commence pour Valérie (Karine Vanasse) et Jean-François (Sébastien Huberdeau), deux étudiants à l’École Polytechnique, collègues dans la classe où Lépine fit irruption aux alentours de dix-sept heures, pour séparer les hommes des femmes, expulser les premiers, et puis tirer à bout portant sur les dernières. S’en suit une errance dans les couloirs de l’école, des coups de feu aléatoires, avant que Lépine retourne son arme contre lui pour mettre fin à ses tristes jours. Valérie survit et tente de recoller les morceaux. Jean-François n’en reviendra pas de la demi-seconde où il aurait pu tenter un geste contre Lépine, n’importe quoi pour modifier le destin de quatorze femmes.

Questionnés au moment de la sortie du film en salles en février dernier, nombreux furent ceux directement concernés par la tragédie qui répondirent aux questions des journalistes par : nous ne parlerons pas du film, nous ne sommes pas critiques de cinéma. Eh bien le critique, s’il ne peut couper dans le gras qu’a laissé le cinéaste dans sa foulée créative, il se trouve coincé. Parce qu’il veut dire plus que les banalités d’usage, c’est-à-dire que le sujet est épineux, que la réalisation est sobre, que la photographie est belle, que les acteurs sont bons. Incritiquable peut-être, sauf cet épilogue du film en compagnie du personnage de Valérie, survivante. Nous savons tous, en tant que peuple, que les plaies ne se cicatriseront jamais. Le malaise est ancré dans notre inconscient collectif et ce n’est pas en le recrachant comme une boule de poils que Villeneuve nous convaincra de notre propension à regarder vers l’avant, surtout s’il tente de nous l’illustrer en nous demandant de s’identifier à mademoiselle Vanasse. Ça s’appelle colmater, cautionner éthiquement un film afin de s’assurer que personne ne se méprendra des intentions derrières. C’est poli, comme Spielberg peut être poli lorsqu’il touche à l’Histoire, et un peu trop piétonnier comme façon d’enjamber ses fantômes. La vie continue faut croire.

Huberdeau et Maxim Gaudette (dans le rôle de Lépine) sont des grands acteurs qui attendaient un cinéaste de la trempe de Villeneuve pour nous montrer l’étendue de leur talent. Vanasse sera toujours Vanasse, même si elle est convaincante ici. Si le film de Villeneuve est serré, c’est qu’il a aussi le mérite d’être attentif, simple, mais d’une simplicité qui découle d’un travail de vrai cinéaste, qui se questionne sans arrêt sur comment mieux rendre la scène. La recréation de l’époque est à peine ressentie, puisque pas vraiment nécessaire, les fantaisies de caméra au minimum, la musique respectueuse de ce qui se trame à l’écran. L’objet est livré, à prendre de n’importe quel côté, une décharge temporelle comme une parenthèse qui a de la difficulté à se fermer. À portée de compréhension mais suspendu, presque complet, presque, si seulement Villeneuve c’était abstenu de quelques images symboliques foireuses. Lorsque le sang de Lépine rejoint celui d’une de ses victimes, par exemple, pacte complété dans la mort, réunion esthétique plus que révélatrice. Lorsque l’image veut trop en dire.

ponyo

Hayao Miyazaki est-il infaillible? Si quelqu’un vous dit que son dernier film (qu’il a fallu attendre quatre ans) est son premier presque bide en vingt ans, ce quelqu’un serait-il un ogre sans cœur, celui qui vous annoncé bien avant l’âge de raison que le Père Noel n’existe pas?

Avouer un peu honteusement qu’on a pas été transporté jusqu’à notre chère et tendre enfance en voyant un film de Miyazaki, c’est assez pour faire des cauchemars où toutes les bébittes provenant de l’imagination fébrile du cinéaste nippon viendraient nous hanter jusqu’à la fin des temps. Pour ne pas être contaminé, allez voir le film et rétorquez-moi que je suis maintenant un peu trop vieux et con pour comprendre.

Sôsuke vit seul avec sa mère sur une île, son père en mer sur les bateaux. Il découvre un beau matin sur la plage près de sa maison une petite fille au corps de poisson la tête coincée dans un pot. Il la libère et la nomme Ponyo. Ponyo s’est enfuie du fond des mers, où son sorcier de père la retenait prisonnière, et tombe immédiatement en amour avec son sauveur. Mais l’idylle est de courte durée : son père la retrouve et la met en garde quant aux possibles dangers à côtoyer les êtres humains, qui détruisent la mer sans s’en soucier plus qu’il ne le faut. Ponyo s’enfuie tout de même, prête à se changer complètement en petite fille humaine afin d’être avec Sôsuke.

Les personnages sont sympathiques, mignons, c’est beau visuellement comme n’importe quel film du studio Ghibli, mais l’histoire en elle-même est une arrière-pensée, cousue un peu n’importe comment sans que personne ne s’en rende compte, peut-être parce que si c’est japonais, on accepte les faiblesses comme étant des particularités culturelles et excentriques. Sont sous-entendus des malédictions, des enjeux cataclysmiques, des conflits familiaux sous-marins déchirants; est offert plutôt un récit qui ne coule pas et une fin en queue de poisson (je me les permets ceux-là) où tout est bien qui fini bien sans avoir eu le temps de cligner des yeux. Si vous vous demandiez bêtement : est-ce que je devrais voir Ponyo? Je vous répondrai immédiatement : et pourquoi pas? C’est toujours beaucoup mieux que 90% des films d’animation pour enfants qui sortent sur nos écrans à chaque année (Up et Coraline se partagent le reste du 10% cette année) et comme il a déjà été dit, c’est ce critique qui n’a probablement pas les yeux en face des trous. Mais après Princesse Mononoke, Le voyage de Chihiro et Le château ambulant, cette proposition naïve, sans être décevante par son manque d’ambition (ou de flafla, selon le point de vue), semble ne pas aller au bout des idées que ses grandes lignes suggèrent.

crying_baby

Qui vous a dit que j’avais du coeur?

pereenflic

Comment expliquer la fascination des québécois pour la police? Celle, qu’au lieu d’illustrer comme une machine bien huilée au service de la Justice, qu’on humanise, qu’on peut même ridiculiser gentiment? D’un autre côté, provoquant dans ce cas-ci des réponses souvent nébuleuses, parfois claires, comment expliquer la fascination des québécois au cinéma pour les relations parents-enfants? Faut-il extrapoler, comme le fait un personnage du film de Gaudreault, et affirmer que notre mollesse proverbiale est le résultat d’une société matriarcale omnipotente et castrante? Serais-ce plutôt une question purement géographique, abandonnés au milieu de nul part que nous fûmes par la France-mère patrie? Le complexe est là, et même s’il se règle généralement au cinéma par un respect muet de l’espace vital de l’autre, nous n’avons pas fini de le voir étalé sur nos écrans.

Dans De père en flic, le traumatisme est si profond qu’il faut se couper du reste du monde afin de se ressourcer, de se resituer intérieurement. Dans le bois au milieu de nul part, un psychologue accompagne six couples père-fils en quête de communication . Parmi le groupe, un avocat tourmenté (Rémy Girard) ayant comme client Mononc Luc (Jean-Michel Anctil), chef d’un groupe de motards criminalisé. À la recherche d’un délateur afin d’emprisonner Mononc Luc, un père et un fils policiers (Michel Côté et Louis-José Houde) s’infiltrent dans le groupe afin de tirer les vers du nez à l’avocat. Si la mission prime, les deux polices en ont aussi gros sur le cœur, le fils reprochant au père d’ignorer ses bons coups en voulant toujours voler la vedette.

Comédie policière typique couplée à un récit sur les difficultés intergénérationnelles, le film de Gaudreault tient la route grâce à sa réalisation serrée, sans trop de fioritures, au scénario qui ne se perd pas dans ses blagues, et surtout au jeu de ses acteurs. Rien d’exceptionnel, ça reste une comédie estivale, mais l’inclusion de Patrick Drolet, de Normand D’Amour et de Luc Senay permet d’équilibrer la donne et de faire du film autre chose qu’un projecteur braqué sur le trio Houde-Côté-Girard. Si les deux derniers sont égaux à eux-mêmes et légèrement sur le pilote automatique (Côté est condamné à jouer « el père » jusqu’à la fin de ses jours), c’est Houde qui retient l’attention et qui avait le plus à perdre dans l’aventure. Étant donné que la crédibilité est une arrière-pensée, qu’on n’attend pas de lui un rôle de composition mais ses tics et sa cadence, la clémence suffit. Côté bafouille quand même son texte (c’est voulu?), Caroline Dhavernas et Jean-Michel Anctil se demandent qu’est-ce qu’ils font là, tout comme le spectateur d’ailleurs. C’est Luc Senay, dans un rôle de père poule, qui prouve encore une fois qu’il est mûr pour un grand rôle. Après celui-ci et son apparition de quelques secondes dans L’Âge des ténèbres, il n’a plus rien à prouver à personne. Fantasmons et imaginons-le en père de famille alcoolique dans le prochain film d’Émond.

Gaudreault se fait timide derrière la caméra, si ce n’est de cette manie ridicule d’accompagner chaque chute ou coup de poing sur la gueule d’un onomatopée comique, de l’ordre du ping! pow! et des oiseaux qui sifflent quand le personnage tombe dans les vapes. Ce cabotinage retrouve des échos dans certaines scènes du film, sans pour autant gâcher l’ensemble. Mais les cues pour indiquer quand c’est drôle, on peut faire sans. Le rythme est soutenu et à 1h47, les longueurs se font rares. Le scénario y est pour quelque chose, et même si l’intrigue policière ne tiendra personne en haleine, elle élève le film au-dessus d’une simple série de sketchs humoristiques.

Rien de plus qu’un divertissement estival, contrôlé, efficace, sans grande prétention mais qui questionne, parfois de front, notre tendance à soit vouloir gratter notre bobo identitaire en pleurnichant sur notre sort, soit de faire bêtement comme s’il n’y avait pas de quoi fouetter un chat. Et c’est cette humilité devant cette réalité immémoriale qui fait de De père en flic un film plus intelligent et drôle que ce qu’on nous sert au Québec à chaque année.

À l’été 2010 pour Bon cop bad cop 2.

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Pour ceux qui ne le connaissent pas, il a prêté sa voix au rat Rémy dans Ratatouille, a eu un rôle important dans la série King of Queens et est le reste du temps un excellent stand-up comique (j’ai eu la chance de le voir l’an passé à l’ATP New York 2008).

Après avoir apparu dans plusieurs comédies ces dernières années, Oswalt a son premier grand rôle au cinéma dans Big Fan, première réalisation de Robert D. Siegel, ex éditeur en chef de The Onion et scénariste de The Wrestler. Le récit d’un fanatique des Giants de New-York, qui, après s’être fait attaquer physiquement par l’étoile de l’équipe, refuse malgré les pressions de sa famille de le dénoncer. La critique est dithyrambique (Todd McCarthy, Peter Travers et Kenneth Turan entre autres) et le film a crée un méchant buzz au dernier Sundance. On se croise les doigts pour une apparition au prochain Festival du Nouveau Cinéma cet automne.

Cliquez ici pour voir la bande-annonce.

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